Vient de paraître aux Éditions Noires Terres ce superbe ouvrage (voir couverture ci-contre), au titre proustien et qui ne laisse guère de doute sur son contenu : Du côté de chez Dhôtel (33 €).

Écrit à deux mains par Gilles Grandpierre et Christophe Mahy, il est richement illustré, en noir et blanc, par des photographies d'Alain Janssens et de Jean-Marie Lecomte, éditeur et photographe à Bouvellemont dans les Ardennes françaises où il y a peu, j'ai eu le bonheur de le rencontrer.

Des paysages, des trognes, des silhouettes, des sourires, des animaux, des arbres, des fleurs, des champignons, des graminées, des rivières, des ponts, des nuages, des routes, des chemins, des talus, des rails et du ballast en veux-tu, en voilà !

Préfacé par Sylvestre Clancier, il regorge en outre, de citations d'André Dhôtel parmi lesquelles cette recette, empruntée à Rhétorique fabuleuse :

"... ma rhétorique se borne à attraper quelques descriptions du monde et à les disposer au petit bonheur comme on ferait pour les cartes d'un jeu jusqu'à ce que se dessine quelque imagerie inattendue."

Avis aux amateurs ! À vous de jouer ! Y a plus qu'à...

Mais rassurez-vous, on peut aussi se contenter, après s'être immergé dans ce somptueux imagier, de lire et de relire Dhôtel, à satiété et jusqu'à plus soif, aux éditions Sous le Sceau du Tabellion certes, (pour ce qui est de L'Homme de la scierie et de Les rues dans l'aurore où ces deux titres viennent tout récemment d'être réédités) ou encore chez nombre de confrères, pour tous les autres titres qui composent sa riche et captivante bibliographie.

Qu'on se le dise !

Pour visiter le site des édition Noires Terres et/ou pour  commander

"Du côté de chez Dhôlel

Ce lundi 2 novembre, à Clermont-Ferrand, à l’invitation de Rue des graphèmes, une association culturelle dont le but est de favoriser la lecture et faire connaître des auteurs, Sous le Sceau du Tabellion devait participer à une réunion d’échanges interprofessionnelle : « Le livre oublié ». Elle visait à imaginer la mise en place de nouvelles dynamiques culturelles qu’appelle la situation. Un mouvement collectif et décentralisé que son instigateur, Maurice Vigier, appelait de ses vœux et à laquelle nous avions souhaité nous associer. Cette réunion est, au vu des circonstances, reportée à une date ultérieure. Elle devrait conduire, le moment enfin venu, à ce que l’objectif poursuivi et résumé ci-dessous, par l’intéressé, puisse être poursuivi et atteint. Citation de Maurice Vigier, dans le texte introductif qu’il avait pris, préalablement, le soin de préparer : « Il importe donc de bien voir toute la diversité de la filière du livre (…) Elle fait vivre un nombre considérable de professionnels dont les fonctions dépassent largement le trio auteurs-éditeurs-libraires. En somme un écosystème qui ne pourra perdurer que si sa diversité est préservée.

Or à l’heure actuelle, aucune structure représentative ne porte à l’échelle nationale la voix du livre dans son ensemble, à savoir celles de structures dont l’économie relève davantage de l’artisanat ou de la petite entreprise que de l’industrie. Pourtant certains d’entre nous sont déjà organisés régionalement ou thématiquement. Il manque une organisation, un endroit, destiné à nous fédérer afin de pouvoir gagner une place à la table des négociations interprofessionnelles. Dans ce cadre la mise en place d’états généraux francophones du livre revêt toute sa justification. »

Fort heureusement, depuis le début de cette seconde période de confinement, les initiatives se multiplient, telle cette tribune publiée, le 1er novembre dans Libération, signée Alexis Weigel, libraire de 47 degrés Nord à Mulhouse (une librairie indépendante avec laquelle, Sous le Sceau du Tabellion, s’honore de commercer régulièrement) et intitulée : sacrifier la culture, un choix de civilisation qu’il conviendrait de citer in extenso et dont j’extraie ce court passage : « la culture ne se limite pas aux objets culturels et aux lieux dans lesquels ils se partagent et s’échangent, c’est une émanation impénétrable qui met à la disposition des gens les outils utiles au développement de leur personnalité et de leur individuation. »

Il aura fallu ainsi la mobilisation de toute la profession pour arracher in extremis, une décision frappée pourtant au coin du bon sens : la fermeture, dans les grandes surfaces, des rayons de ces fameux produits dits non essentiels parmi lesquels le livre se trouve aujourd’hui relégué et auxquels les libraires indépendants facilitent, en temps normal, l’accès et qui risquaient fort d’être livrés ainsi, et jusqu’à nouvel ordre, en pâture aux seuls marchands du temple, ravis d’une pareille aubaine.

Les rues dans l'aurore d'André Dhôtel

disponible depuis

le 15 octobre

aux éditions Sous le Sceau du Tabellion

Lire l'extrait

 

 

L’Homme de la scierie d’André Dhôtel 

 aux éditions Sous le Sceau du Tabellion

enfin disponible depuis le Mardi 2 juin.

Lire le 1er chapitre et l'avant-propos  

 

 

L’achevé d’imprimer sur les presses de l’imprimerie moderne, 177, Avenue Pierre-Brossolette, à Montrouge, pour le compte des éditions Gallimard, de l’édition originale de L’Homme de la scierie, date du 6 octobre 1950. Il aura fallu attendre ainsi, 7 décennies pour voir ce roman magistral, enfin réédité !

 

Cette réédition à laquelle ont collaboré activement à mes côtés, Olivier Annequin qui en a assuré la numérisation, Sophie Dégémard pour la mise en page et Andrée Magdalou pour les corrections, constitue d’ores et déjà une étape primordiale pour notre jeune maison d’édition. Elle est assurément à marquer d’une pierre blanche. 

 

L’occasion rêvée donc, de donner à lire ou à relire ce livre majeur de Dhôtel que Patrick Reumaux, son élève et fin connaisseur de son œuvre, qualifie dans un bref et percutant avant-propos, de roman-phare de la manière du « premier » Dhôtel, construit sur un flash-back époustouflant, une première en 1950 dans le roman français !

 

Avant-propos que vous pouvez lire dans son intégralité et en avant-première, en cliquant sur le lien ci-dessus. 

 

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, nous vous offrons en prime, le chapitre d’ouverture de ce roman célébré et admiré par les plus grands qu’il s’agisse de Philippe Jaccottet, de Jean-Claude Pirotte, de Maurice Nadeau, d’Henri Thomas, de Jean Grosjean ou bien encore de Christian Bobin qui m’en avait chaleureusement recommandé la lecture. Ce qui, il est bon de le préciser au passage, n’en fait pas pour autant un écrivain pour écrivain, ce dont des milliers de ses lecteurs fidèles, qui n’ont jamais tenu la plume, pourraient aisément témoigner.

 

Pour finir, nous vous proposons, comme l’a déjà fait par ailleurs, Joël Vernet, l’auteur des Carnets du lent chemin paru aux éditions La rumeur libre en 2019, de le commander sans plus attendre, en utilisant l’onglet "commande".

  Dans Retour (voir illustration) chronique buissonnière, publiée au Temps qu’il fait, en 1990, André Dhôtel évoquant ses retrouvailles avec son pays natal, les Ardennes, parle de sa passion pour les fleurs qui peuplent ses livres :

  En sortant du village de Saint-Lambert vers la gauche, on trouve une petite route entre des talus. J’éprouvais pour l’un de ces talus une vague aversion, parce que je détestais certaines plantes qui y étaient fréquentes, les achillées mille-feuilles.

Ces composées se projettent en corymbes où les fleurs portées sur un même plan forment des contrefaçons d’ombelles. Mais tandis que les ombelles sont harmonieuses et dispensent l’éclat souvent très fin d’une floraison blanche ou rose, ces corymbes de mille-feuilles sont mal fichus et par surcroît d’une couleur indécise, ni blanc ni gris, comme voués à une définitive médiocrité.

  Moi qui aimais toutes les fleurs, cela me choquait. Je ne manquai pas à l’occasion d’aller consulter d’autres espèces de mille-feuilles au Jardin botanique. Alors j’en aperçus de splendides, d’une couleur d’or qu’on n’imagine pas car d’imperceptibles variations en ces fleurs font leur éclat à la fois éblouissant et atténué. Comment revenir à leurs parentes pauvres, d’autant plus pauvres ?

  En fait, retournant au pays, j’ai découvert parmi mes mille-feuilles certaines d’un rose léger et d’autres sombrement rouges, magnifiques cette fois, mais recélant, comme celles du Jardin, la secrète atténuation d’une teinte qui devenait d’autant plus prenante. Je repris enfin mes achillées que je croyais d’un blanc sale, et je pus percevoir, comme si c’était l’audacieux travail d’un peintre, la profondeur d’une lumière révélée par un très subtil éloignement. Et dès lors j’aimais ces fleurs bien plus que d’autres d’excellente réputation.

  En relisant ces lignes, l’envie m’est venue, tout en corrigeant les épreuves de L’Homme de la scierie, de composer cet herbier, glané au fil des pages :

  Coquelicots, géraniums, orties, myosotis, ronces, roseaux, cresson, roses trémières, chardons, trèfles, achillées, bouillons blancs, chiendent, pervenches, ombelles, laîches, sagittaire, nénuphars, mélilot, aubépines, jonc, bambou, hortensias, arums, anémones, primevères, roses, pissenlits, genêts, camomilles, ail sauvage, liserons, salicaires, iris, clématites, ajoncs, bardanes, eupatoires, angéliques, campanules, lamier, renoncules.

  Au sujet des achillées dans L’Homme de la scierie (réédition à paraître aux éditions Sous le Sceau du Tabellion), ces deux occurrences :

  Puis Henri distingua de nouveaux le fantôme des troncs, la tracée du chemin, enfin les moindres petites choses, l’herbe et les dernières achillées qui fleurissaient encore. (p. 49)

​  Cette terre brûlante, où il avait le grand plaisir de poser doucement ses gros souliers ferrés, était bordée de fleurs, d’achillées roses que le vent agitait à peine, et elle résonnait sous les pas avec un bruit subtil. (p. 315)

Enfin pas tout à fait, enfin si peu… On chercherait en vain, en effet, sur cette première de couverture, le nom, plus ou moins familier, d’une quelconque maison d’édition. Pas plus que sur la quatrième, on y trouvera la référence à l’ISBN ou au prix de l’ouvrage.

Cette image néanmoins ne se contente pas d’être une image. Sa densité, sa compacité, son poids en témoignent.

Ce livre qui n’en est pas tout à fait un, donc, un fidèle et fervent dhôtelien en a rêvé et il l’a fait pour son plaisir et le mien, en un unique exemplaire que je tiens là entre mes mains et que je vais pouvoir lire tout à loisir. Ne me l’a-t-il pas généreusement offert à cette fin ? Le lire, ce dont sont privés nombre d’aficionados, depuis 1945 !

Il pèse son poids (570 grammes) d’attente vaine, de désir, de ferveur, de patience et de longueur de temps aussi, celles qu’il aura fallu à Olivier Annequin pour le mettre à sa main et le remettre entre les miennes (en le numérisant, l’assemblant, en en confiant l’impression à un imprimeur). 

 

Ceci n’est pas un livre (pas seulement), c’est un Dhôtel !

 

... et pas des moindres qui partageait, jusqu’il y a peu, avec L’homme de la scierie (dont la sortie aux éditions Sous le Sceau du Tabellion, initialement prévue en avril, est reportée à une date ultérieure), l’injuste et triste sort de ne pas être réédité depuis sa première parution aux éditions Gallimard et par conséquent, de ne plus être lu, relu, découvert, redécouvert, comme l’un et l’autre, de ces deux titres, le méritent.

Samedi 25 janvier 2020, à 20 heures, à l’espace Vollon, avait lieu un récital insolite, celui de Patrick Da Silva, écrivain et… conteur pour la circonstance, accompagné à l’accordéon par Cécile Combe.
Les privilégiés qui y étaient conviés ont pu leur emboîter le pas et prendre le sillage d’Odette en découvrant ce superbe texte dans sa transposition scénique, paru en 2018, aux éditions Le Tripode et intitulé sobrement : Les pas d’Odette : « des pas menus, désormais, mais pour autant jamais comptés ».
Bien plus donc, qu’une lecture, Patrick Da Silva valsant au son du piano à bretelle, sous le regard médusé des neuf muses qui ne l’avaient assurément pas volé, arpentant la salle des pas perdus… pas pour tout le monde et surtout pas pour ceux qui sont là, à l’écouter et qui repartiront tout à l’heure émus et requinqués, sans plus se mettre à table, heureux de partager avec lui, le verre de l’amitié.

Un Patrick Da Silva, ainsi fidèle à ses préceptes édictés dans du dimanche, paru aux éditions de la Clavière, qui se sera bien gardé de la belle performance, s’en sera tenu à une sobriété de moyens comme énoncé dans cette belle profession de foi à la fin de son livre, sans nom d’auteur sur la couverture et publié sous ses propres couleurs. Des préceptes auxquels je souscris pleinement, à mon tour. Après tout, pas non plus du sérail, pas non plus d’extraction éclairée, étonné simplement d’être convié à pareille fête et en si bonne compagnie.

Chapeau l’artiste et sans nul doute, à la revoyure !

Pas non plus la tête près du bonnet, au point, au final, de faire tourner le sien pour que l’assistance, venue regarder, écouter et se taire et à qui, à son arrivée, aucun droit d’entrée n’a été réclamé puisse laisser son écot. Histoire de ne pas être en reste et de faire circuler le don, modeste obole en euros nouveaux qui font pas guère d’abonde au petit monde mais qui fera que perdure le culte et l’ouvrage artistique qui s’y offrait généreusement ce soir-là…
 

Juste retour des choses, après avoir adressé ses meilleurs vœux à la terre entière ou presque, Sous le Sceau du Tabellion (SST pour les intimes) se voit épingler à son tour (voir image ci-contre) par un mystérieux "Messager des étoiles".

En réalité, l'émetteur de l'envoi, finalement démasqué, n'est autre qu'Henri Gautheret, l'illustrateur du bandeau de "Des poèmes comme des îles" de Pierre Lartigue paru en décembre, mêlant en parfaite harmonie, nos couleurs et les siennes.

Une collaboration qu'il aura décidément marqué de son empreinte et qui pourrait bien ne pas s'arrêter là !

En projet, en effet, une exposition croisée de ses sculptures et de nos premières publications, accompagnée d'une lecture de poèmes extraits du recueil, dans son atelier de la Croix-Rousse.

Période des vœux, janvier est aussi traditionnellement, le mois de la quinzaine du blanc.

 

Blanc / Le blanc : un adjectif et un nom commun dont les acceptions sont diverses et variées.

 

Dans le concert polysémique, se rapportant ainsi, à toutes les choses caractérisées par la couleur blanche, immaculée, éclatante, mate ou laiteuse, pourquoi ne pas célébrer ici, l’intervalle, cet espace libre qu’il convient de laisser dans un écrit pour qu’il ne devienne pas totalement illisible.

 

Et quelle meilleure manière de le faire, qu’en reproduisant, à votre intention et en l’offrant à votre contemplation, le carré blanc sur fond blanc de Malévitch .

 

Meilleurs vœux !